1. En bref — situation politique et chiffres-clés
En 2025 le Gabon compte environ 2,3–2,5 millions d’habitants, fortement urbanisés (près de 80 % vivent en ville) — Libreville et Port-Gentil concentrent l’essentiel de la population et de l’activité économique. Le pays reste riche en ressources naturelles (pétrole, bois, manganèse) mais peine à transformer cette rente en prospérité partagée. (Banque Mondiale)
Sur le plan politique, la transition post-coup de 2023 s’est poursuivie : le général Brice Clotaire Oligui Nguema a été confirmé président après l’élection d’avril 2025 et a prêté serment au printemps, engageant la Principauté vers une « réconciliation et un renouveau » marqués par une feuille de route institutionnelle visant à restaurer l’ordre constitutionnel et lancer des réformes économiques et sociales. (AP News)
2. Économie : rente, vulnérabilité et virage vers la transformation
Le Gabon demeure très dépendant des hydrocarbures : le pétrole explique une part majeure des recettes d’exportation et du budget. Cette dépendance a rendu l’économie vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux, d’où des efforts récents de diversification (pêche, agro-industrie, tourisme, transformations minières). La Banque mondiale et des institutions régionales soulignent la nécessité de convertir le capital naturel en « richesse durable » au bénéfice des citoyens. (Banque Mondiale)
En avril-mai 2025, Libreville a obtenu des soutiens pour une reprofilage de dette domestique et un nouvel accès au financement afin de réduire les tensions de liquidité — une opération importante pour stabiliser les finances publiques et préserver le service de la dette locale. Les autorités affichent l’objectif d’un budget « base zéro » pour 2026, destiné à prioriser dépenses sociales et investissements productifs. (Reuters)
2.1. Manganèse : de la matière première à l’industrie locale
Le gouvernement a annoncé une stratégie industrielle volontariste : interdire l’exportation de manganèse brut à compter de 2029, afin d’encourager l’implantation d’usines de transformation sur le sol gabonais et de capter davantage de valeur ajoutée. Ce calendrier a déjà provoqué des discussions avec des acteurs internationaux (ex. entreprises minières, fournisseurs d’équipements) et ouvre la voie à des investissements ciblés dans la sidérurgie légère et la chimie du métal. (Reuters)
3. Diplomatie et partenariats : le Maroc et au-delà
Sur la scène diplomatique, Libreville multiplie les partenariats sud-sud. Le Maroc est présent en Afrique centrale à travers des banques, des opérateurs télécoms et des entreprises de services ; des liens économiques et financiers plus soutenus entre Rabat et Libreville figurent désormais parmi les axes prioritaires, notamment dans les secteurs bancaires, des infrastructures et des services. Les banques marocaines et certains investisseurs nord-africains regardent le Gabon comme une plateforme d’expansion régionale. (Attijariwafa bank SA)
Parallèlement, Libreville entretient des relations pragmatiques avec la Chine, la France et d’autres partenaires africains — une diplomatie orientée vers l’attraction d’investissements productifs (industrie, énergie renouvelable, logistique).
4. Société, démographie et enjeux sociaux
Le Gabon est un pays jeune : la moitié de la population a moins de 20 ans. Cette jeunesse est à la fois une chance et un défi : formation, insertion professionnelle, accès à la santé et au logement sont des priorités. Le chômage des jeunes et le sentiment d’exclusion restent des tensions latentes si les opportunités économiques ne suivent pas.
Le niveau d’urbanisation (Libreville, Port-Gentil) crée des pressions sur le logement, l’assainissement et les services publics. Le gouvernement met l’accent sur des programmes sociaux ciblés et sur la modernisation des services publics via la digitalisation, mais l’impact réel dépendra des capacités de mobilisation des recettes et de la gouvernance.
5. Environnement et biodiversité : un capital national unique
Le Gabon conserve l’une des plus importantes couvertures forestières d’Afrique (près de 88 % de la surface du pays est forestière selon diverses estimations régionales) et abrite parcs nationaux de renommée mondiale (Loango, Lopé, Akanda, Ivindo). Ces espaces sont à la fois cruciaux pour la régulation climatique, la biodiversité et le potentiel touristique (safaris de forêt, observation marine à Loango…), ce qui positionne le Gabon comme un acteur clé pour la conservation en Afrique centrale. Le défi est d’articuler protection et développement économique : l’exploitation durable du bois, la lutte contre l’exploitation illégale et la préservation des corridors écologiques sont au cœur des priorités. (Travel + Leisure)
6. Tourisme : potentiel d’écotourisme haut de gamme
Les parcs nationaux (notamment Loango — « les paysages où l’on voit éléphants sur la plage » — et Lopé) sont à la fois des trésors naturels et des atouts pour une stratégie touristique de petit volume / haute valeur (lodges haut de gamme, safaris responsables, tourisme scientifique). Des médias internationaux (Travel+Leisure, Condé Nast) ont récemment signalé le Gabon comme une destination émergeante à surveiller. Pour transformer cette attractivité en revenus durables, le pays doit améliorer l’accessibilité (vols, routes), la formation hôtelière et la promotion internationale tout en garantissant la préservation écologique. (Travel + Leisure)
7. Faune emblématique : le perroquet gris (African grey) et la protection des espèces
Le perroquet gris d’Afrique (African grey, Psittacus erithacus) est l’une des espèces les plus prisées et menacées par le trafic d’animaux sauvages. Gabon, comme d’autres pays d’Afrique centrale, est concerné par les enjeux de protection et de commerce contrôlé (CITES). Les politiques nationales combinent réglementations, campagnes contre le braconnage et projets communautaires pour réduire la pression sur les populations sauvages ; la traçabilité et la coopération régionale restent indispensables. (CITES)
8. Gouvernance, transparence et défis institutionnels
Depuis la transition, la nouvelle administration a affiché sa volonté de renforcer la transparence (réformes budgétaires, priorisation des dépenses sociales). Cependant, la crédibilité des réformes dépendra d’actions concrètes : audits publics, lutte contre la corruption, renforcement de l’indépendance de la justice et de la société civile. Les observateurs internationaux soulignent que la stabilisation politique et la crédibilité des institutions seront déterminantes pour attirer des investissements durables.
9. Risques et facteurs à surveiller (2025–2029)
- Chocs sur les prix des matières premières : le Gabon reste exposé au marché pétrolier.
- Capacité d’absorption des investissements : la transformation industrielle (manganèse) exige compétences, énergie et logistique.
- Climat et événements extrêmes : inondations récentes ont montré la vulnérabilité des infrastructures urbaines.
- Pressions sociales : la jeunesse attend des emplois et des services — des attentes non satisfaites peuvent alimenter des tensions.
- Environnement régional : tensions et dynamiques géopolitiques en Afrique centrale (sécurité, corridors commerciaux) pèseront sur les perspectives.
10. Perspectives stratégiques : ce que pourrait changer d’ici 2030
- Transformation des ressources : si l’interdiction d’exporter le manganèse brut se concrétise avec des usines locales, le Gabon pourrait capter davantage de valeur ajoutée et créer des emplois industriels. (Reuters)
- Tourisme durable : le positionnement sur des niches écotouristiques haut de gamme peut diversifier les recettes et renforcer la protection des écosystèmes. (Travel + Leisure)
- Gouvernance et finances publiques : la réussite du reprofilage de la dette et la mise en œuvre d’un budget axé sur l’impact détermineront la marge de manœuvre de l’État. (Reuters)
- Jeunesse et numérisation : investir massivement dans la formation digitale et les PME peut transformer le capital humain en moteur de croissance inclusive.
11. Conclusion — entre ambitions et réalisme
Le Gabon de 2025 est à la fois un pays de ressources exceptionnelles et un État confronté à la nécessité impérieuse de convertir ces ressources en bien-être partagé. La trajectoire dépendra d’un triptyque : (1) choix industriels (valorisation locale du manganèse et diversification), (2) renforcement de la gouvernance et de la transparence, (3) préservation active de son capital naturel.
Si Libreville réussit à faire converger ces éléments — et à mobiliser des partenaires responsables — le Gabon peut basculer d’une économie fondée sur la rente vers un modèle plus résilient, équitable et durable. Les décisions prises aujourd’hui (plans industriels, restructuration financière, stratégie touristique, protection de la biodiversité) fixeront le rythme de cette transformation.
Sources clés
- World Bank — Gabon overview (population, urbanisation, diagnostics). (Banque Mondiale)
- AP / confirmations officielles — Inauguration et discours du président Brice Oligui Nguema (2025). (AP News)
- Reuters / Africanews / Ecofin — Annonces sur l’interdiction d’exportation du manganèse à partir de 2029 et réactions des acteurs miniers. (Reuters)
- Reuters — Opération de reprofilage de la dette domestique et mesures financières, avril 2025. (Reuters)
- Travel+Leisure, Loango & partenaires touristiques — potentiels de l’écotourisme gabonais. (Travel + Leisure)
- CITES / IFAW / Mongabay — enjeux de protection du perroquet gris et de la faune en Afrique centrale. (CITES)
Laisser un commentaire